mercredi 10 août 2016

Serge Hambourg, De Mai 68 à Manhattan





Chaque photo de Serge Hambourg est une icône. Dans l'histoire de la photographie, il fait le lien entre un Willy Ronis ou un Robert Doisneau et un courant qu'on pourrait presque dire abstrait, tant la composition et la couleur ont pour lui d'importance. Il capte l'éternité, quand les photographes humanistes saisissaient l'instant.

Regardez ses images de Mai 68. Aragon et Cohn-Bendit semblent poser pour Delacroix. Ils n'y sont pour rien. C'est l’œil du photographe qui a opéré le miracle. Pareil pour ses portraits. Rien n'y est anecdotique. Duchamp, Raymond Queneau, chacun a ici le visage qu'il gardera pour toujours.

Pour photographier le métro de New York, à l'époque un dangereux coupe-gorge, Serge Hambourg a usé d'un stratagème technique : avec un temps de pose suffisamment long et fractionné, aucun voyageur n’a eu le temps d’impressionner la pellicule. Les quais du métro semblent vides alors que beaucoup de monde circulait ! En revanche, les beautés d’une architecture que personne n’avait remarquée sont soudain révélées. Là encore, ce magicien a piégé l'essence mystérieuse du réel. Cette série avait valu à Serge une citation spéciale de la part du gouverneur de l’État de New York. Elle avait ensuite voyagé à travers tous les États-Unis.

J'ai rencontré Serge Hambourg peu après son retour en France. Nous travaillions pour le même magazine. Je me suis par la suite initié à l'histoire de la photographie à travers la rédaction d'un livre sur Man Ray et d'un autre sur Brassaï, dont il avait photographié l'atelier. Mes modestes connaissances m'autorisent aujourd'hui à dire quelques mots sur lui. J'en suis évidemment très fier, car non seulement je le considère comme un photographe important, mais aussi parce qu'il est à la fois le meilleur des amis et l'homme au monde qui sait le mieux conserver son humour à travers toutes circonstances. En plus d'être un précieux outil de travail, son regard pétillant est une bénédiction. Et la marque d'un grand artiste qui n'a jamais oublié d'être un homme.


Serge Hambourg a commencé sa carrière en 1959. Dans les années 60 et 70, il collabore au Figaro, au Nouvel Observateur, ainsi qu'avec de grandes agences publicitaires comme Publicis. De 1977 à 1992, il est photographe indépendant à New York.

Ses photographies figurent dans les plus prestigieuses collections privées et publiques d'Europe et des États-Unis :
Bibliothèque Nationale Paris ; The Museum of the city of New York ; The Museum of Fine Arts, Houston ; The Canadian Centre for Architecture, Montréal ; The Atlantic Richfield Company, Los Angeles ; The New Orleans Museum of Arts ; The Minneapolis Institut of Art, etc.

Serge Sanchez, commissaire de l'exposition



Plus de renseignements sur : http://www.serge-hambourg.com




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