jeudi 8 décembre 2016

Vernissage de l'exposition "La belle et la bête"





Merci à tous d'être présent !




Comment créer quelque chose d’exceptionnel et de marquant ? Le regretté David Bowie répondit par ces mots émouvants : « Il faut vous situer dans un espace mental hors de votre contrôle, juste au-delà la ligne d’où vous aviez encore pied ».

Ces mots me rappellent une expérience vécue quand j’avais 8 ans et ils participent à l’inspiration de ces peintures. En essayant de comprendre et d’expliquer les sens et les motifs de ces peintures, j’ai finalement été capable de saisir ce qui était resté incompréhensible au jeune garçon que j’étais alors.

Au cours d’une promenade près de la plage où je travaillais quand j’étais jeune garçon, j’ai vu quelque chose qui ressemblait à un paysage. Cela m’est apparu tellement réel que j’en ai été complètement hypnotisé. J’avais beau savoir que ce n’était que du sable, de l’eau et des traces de pied, à ce moment-là, cela me semblait parfaitement réel. Je me sentais comme un géant égaré dans une autre dimension. Mes parents avaient une entreprise de promenades à dos de poney dans des jardins loin de la plage et je suis rentré très en retard pour mon travail. A ce moment-là, j’étais incapable d’expliquer pourquoi.

En peignant actuellement dans cet état mental et après avoir effectué quelques recherches, je sais maintenant que j’ai expérimenté le phénomène psychologique connu sous le nom de paréidolie, qui amène les gens à voir dans une vague ou dans une image aléatoire quelque chose de signifiant. Une paréidolie (du grec para = et eidôlon = apparence, forme) est une sorte d’illusion d’optique qui consiste à associer un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable, souvent une forme humaine ou animale. L’identification de visages dans les nuages est un exemple classique de paréidolie.

Au moment de la mort de David Bowie, quand j’ai entendu cette interview, je vivais en Charente au milieu des vignes en hiver. Chaque jour, en promenant mon chien, j’étais frappé d’y voir de nombreux hommes, démons, anges et singes comme des formes qui semblaient se contorsionner, se tordre de douleur, danser entre eux ;

Souvent la paréidolie a une connotation religieuse. Une étude finlandaise montre que les personnes qui sont religieuses ou qui croit fortement au surnaturel sont plus sujettes à voir des silhouettes et des visages dans les objets et les paysages inanimés. Mes ancêtres ont occupé de très hauts postes dans l’Eglise anglicane et je suppose que je possède le gène « religion ».

Léonard de Vinci écrit au sujet de la paréidolie en tant que dispositif artistique : « Si vous regardez un mur constellé de taches diverses ou fait d’un mélange de plusieurs types de pierres, vous serez capable d’y voir une ressemblance avec différents paysages décorés de montagnes, rivières rochers, arbres et personnes. »

Quand je regarde des arbres, le paysage que je vois apparaitre est peuplé de créatures mythiques. Les créatures mythiques servent à stimuler l’imagination et le désir qui est enraciné dans la nature humaine, par l’expérience plus que par le monde physique. Les créatures mythiques viennent symboliser le vice et la vertu ou la force du bien et du mal. Dans le folklore japonais, les « Kodama » sont les esprits qui habitent les arbres, comme les dryades dans la mythologie grecque. Dans la mythologie iranienne, « les lamentations des vaches » de Zoroastre, allégorie dans laquelle les vaches représentent l’humanité qui manque de références morales

A travers l’histoire humaine, les artistes ont utilisé leur environnement et leur imagination pour produire des œuvres correspondant à leur temps. Dans cette époque de multimédia, notre environnement est global. En temps réel. Ces peintures sont parsemées d’informations contradictoires dont nous sommes bombardés :

La bataille intemporelle entre l’homme et la femme

La bataille intemporelle entre les religions

La bataille intemporelle pour la conquête et le contrôle

La bataille intemporelle pour la survie et la liberté

Ma méthode de travail a complétement changé pendant que je réalisais ces peintures, elle m’a rendu libre. Je commence maintenant par peindre des formes abstraites entraîné par mon émotion, ce qui se passe ensuite est une réponse inconsciente que je ne contrôle pas toujours. J’y pense et je vois de nombreuses formes jusqu'à ce que l’une d’elles ou un regroupement de plusieurs d’entre elles s’impose. Je peux mettre plus de complexité dans la peinture et passer de longues périodes de temps à la recherche de plus d'images, soit en regardant de plus loin ou de tout près avec une loupe. Je me déplace également à travers la surface peinte à la recherche d'images cachées et de sens connectés. Une fois que la complexité est suffisante, chaque point de vue offre de nouvelles possibilités pour faire avancer la peinture et sa conclusion.

Quelques peintures ont un sens allégorique, comportant des symboles qui ont l’air ésotériques. Je laisse les peintures trouver leur propre voie, en me libérant moi-même des attentes et des préjugés, comme le jeune garçon, capable de voir des réalités différentes.

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