mardi 27 novembre 2012

Les 106 ans de Marie Gervais dans la Charente Libre

Marie, 106 ans de labours et d'eau fraîche [+vidéo]


Son arrière-petit-neveu organise «Les Journées de Marie» début décembre à Marthon. Un hommage à la tradition paysanne qu'incarne la centenaire. Une centenaire qui tricote, lit et cuisine.


Son arrière-petit-neveu organise «Les Journées de Marie» début décembre à Marthon. Un hommage à la tradition paysanne qu'incarne la centenaire. Une centenaire qui tricote, lit et cuisine.


"Depuis mes 100 ans, il me prend comme vedette de cinéma." À bientôt 106 ans, Marie Gervais, chignon tiré à quatre épingles, blouse sans manches, devant sa cuisinière à bois à Grassac, préfère rire des attentions répétées de son arrière-petit-neveu. Elle dévoile les photos de l'étudiant en audiovisuel. Elle sait qu'en décembre, il lui réserve une surprise, une fête qui sort de l'ordinaire à la Tour Saint-Jean de Marthon: «Les Journées de Marie», une évocation de la paysannerie du siècle dernier, des témoignages, des films, des images. Un passé qui ressurgit entre la lecture deCharente Libre pour la «renseigner», le tricot pour la souplesse des doigts et la télé pour les jeux. Confortablement installée dans son fauteuil, la vieille dame consent à fouiller sa mémoire pour évoquer un temps que les moins de 80 ans n'ont pas connu.


Marie Gervais avait l'âge de l'enfance - Quel âge? Elle ne sait plus très bien: «Dès que j'ai pu marcher», dit-elle - lorsqu'elle gardait les vaches dans sa campagne limousine. Une fatalité. Elle était la cadette d'une fratrie de dix enfants. «Ma mère ne pouvait pas subvenir à tout et il fallait aider mon père. On commençait l'école après la Toussaint et on arrêtait en mars. On apprenait à lire aux champs.» Un cycle interrompu par la guerre de 14-18. «On était cinq à la maison quand papa est parti. Cette guerre m'a marquée au fer rouge. Quand ça va mal dans le monde, j'y pense encore», soupire Marie Gervais en passant aussitôt à 39-45. Des années qui ont griffé à jamais son coeur.

«Mes deux frères ont été faits prisonniers, ma mère est décédée, mon père ne pouvait plus travailler. Il avait la colonne vertébrale fracturée. Il fallait bien se débrouiller.» La famille se retrouve dans le berceau actuel du «Pontilloux» à Grassac. «Une ferme de 28 hectares avec des vaches, un petit bourricou, cinq ou six brebis, une chèvre, une dizaine de poules, des lapins, une truie...»

Marie Gervais interrompt un instant sa description pour raconter le déménagement de Rougnac, sa première halte charentaise en 1911. Une épopée. «On a quitté Rougnac à pied, le matin à 8 heures, avec une soeur, une camarade et les trois cochons, on est arrivé le soir à 6 heures. Maintenant, vous n'avez qu'à les faire marcher comme ça les drôles, vous verrez!»

Toute sa vie, l'agricultrice est restée fidèle à l'exploitation familiale. Elle ne s'est jamais mariée. «Jamais, je ne me serais mis tant de misère sur la tête.» Elle n'a jamais été maman. «Je m'occupais déjà des enfants de mes frères, je n'avais pas besoin d'en avoir à moi.» Elle montre un cliché représentant la tribu des neveux et leurs descendants lors de son centième anniversaire à Grassac: «Ils sont bien une centaine.» Elle indique la plus jeune, Lou-Anne, qui n'est plus la benjamine aujourd'hui.


«Pas au chômage» avec le tricot

Tout va vite. Trop vite pour Marie Gervais qui se déplace doucement pour recharger la cuisinière. «J'apprécie beaucoup d'être ici, mais depuis quelques années, je ne fais plus de jardin, je ne soigne plus les volailles. Un voile de tristesse obscurcit son regard malicieux. Mais je fais toujours ma soupe. Je mets des courgettes, du poireau, des potirons, des carottes, du céleri et je coupe à petits morceaux. Sans mouliner.»

Entre les passages des aides ménagères - «Matin et soir pour me lever, me coucher et faire ma toilette» -, des personnes «très gentilles», la centenaire ne s'ennuie pas. «Je ne suis pas au chômage, je me suis mise à tricoter. Des chaussons pour aller au lit. Des chaussettes, des cache-cols. Pour mes nièces aussi.» Elle apprécie les visites régulières de ses neveux et la présence voisine de sa belle-soeur, Raymonde. «Il y a le Dr Martin qui passe prendre de mes nouvelles.»

Sa recette pour bien vieillir? «Le matin, mon verre d'eau; l'après-midi, mon verre d'eau; le soir, mon verre d'eau. C'est mon apéritif.» Son secret? «C'est parce qu'elle a du caractère», assure Raymonde. Elle est carrément «géniale» pour son arrière-petit-neveu. Difficile de le contredire. «Happy birthday to you Mary!»

15 décembre 1906. Naissance à Marval (Haute-Vienne) de Marie Gervais.

1911. Elle s'installe à Rougnac dans une petite ferme avec ses parents.

1916. La famille déménage au hameau de «Pontilloux» à Grassac où Marie Gervais demeure toujours.

2006. Elle fête ses 100 ans à Grassac.

1er décembre 2012. Début de la manifestation «Les Journées de Marie» à la Tour Saint-Jean à Marthon avec expo, vidéo, conférence...


Trois Charentaises plus âgées

Malgré ses 105 ans et 11 mois, Marie Gervais n'est pas la doyenne de la Charente. Alors que la préfecture n'a aucun élément sur le sujet, nous avons enquêté. Selon nos informations, la doyenne des Charentais serait Alice Lalut de Mansle, 107 ans et 6 mois, devant Eugénie Vriet de Champagne-Mouton, 106 ans et 10 mois, et Marie-Juliette Barrier de Roumazières, 106 ans et 6 mois.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire